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29 janvier 2011

LE    SITE   DE    BOUSSARGES (Argeliers,  Hérault)

par Michel Bornand

La marche du 18 janvier 2011, menée par Alain. M., a permis à tous les participants de découvrir le site. Complétons un peu ces informations, à la lumière des « Documents d’Archéologie Française N° 24, 1990. A. Colomer, J. Coularou, et X. Gutherz », qui ont publié les résultats des  fouilles (1976-2000), réalisées sur cet habitat ceinturé chalcolithique (2500 ans av.JC. )

MILIEU NATUREL ET CONTEXTE CULTUREL

Milieu physique. Les garrigues de l’ouest montpelliérain correspondent à une vaste zone de roche calcaire dure, plissée et fracturée (fig.1a et b) l’influence de l’homme et des troupeaux, les « lapiez » ont perdu leur couverture pédologique, qui permettait, il y a 3000 ans, une utilisation agricole et pastorale du plateau karstique de Boussarges. (fig. 2)

(fig 1a) Schéma structural de la région montpelliéraine ( en partie d’après R.Dugrand, 1964)1 :Série jurassique, calcaire massifs souvent coralligène.2 : Série jurassique, faciès calcaires plus variés, en banc plus minces.3 :Sédiments tertiaires, essentiellement éocèneset oligocènes.4 :Combes liasiques.5 :Axe anticlinal.6 :Chevauchement ;7 :Failles à jeu majeur oligocène moyen.8 :site de Boussargues

(fig 1b) Coupe du bassin de Saugras au sud-ouest du bassin de Saint-Martin-de-Londres, à travers le Causse de Viols-le-Fort, à hauteur du château de Cambous, d’après E.Coulet, partiellement modifié (feuille de Montpellier et de Saint-Martin-de-Londres au 50 000)1 : Haute surface. 2 : surface fondamentale. 3 : retouche récente. 4 : discordance infra lutétienne. 5 : surface exhumée de l’Oligocène dans la surface fondamentale.

Evolution Végétale. L’étude des charbons de bois réalisée révèle une transformation par rapport à l’occupation végétale actuelle. Le chêne pubescent trouvé en  surabondance révèlerait un sol plus épais et plus riche. L’importance du Buis traduit une transformation du milieu due à l’action de l’homme. La présence, plus étonnante, du Pin sylvestre confirme que le Chalcolithique, avec sa forte exploitation du milieu, a bien abouti à une dégradation de la forêt.

Contexte culturel. L’habitat ceinturé de Boussarges se caractérise par un modèle de maison, à double abside, et par un « style céramique » rattaché à la culture de Fontbouisse (âge du cuivre), qui est axée sur l’importance de l’agro-pastoralisme, et aussi sur la pratique de la cueillette , notamment celle des glands.

Les habitats chalcolithiques locaux. Il faut souligner la forte densité des sites chalcolithiques visibles dans l’arrière pays montpelliérain ; ainsi, à Boussarges et sur les 8 communes alentour (Cambous, Conquette, Lebous), on  recense 32 villages à maisons de pierre sèche, 16 stations de plein air sans structures visibles, 14 grottes et abris sous roche, 34 dolmens.

QUELQUES DONNEES ARCHEOLOGIQUES .

Description et schéma du site archéologique. .

La figure n°3 schématise bien le site. Pour sa description, on reprendra celle faite par J. Balbure et al. L’enceinte occupe 860 m2. Elle a une forme hexagonale et,  dans chaque angle, se trouve une structure à plan circulaire. A l’intérieur de l’espace clos, ont été édifiés au moins 4 habitations à murs de pierre sèche, et  à simple ou double abside. Une autre habitation se trouve à l’extérieur. La technique de construction des murs est uniforme : double parement et bourrage interne de cailloux. L’épaisseur est quasi-constante. Une seule porte s’ouvre dans le mur de ceinture au N-E. Au centre du site, s’ouvre un aven colmaté, sorte de grotte, qui aurait pu servir à conserver les aliments « au frais ».

Les matériaux constitutifs des structures rondes sont des dalles de calcaire dur local. Les cabanes et murs de ceinture sont en matériau plus diversifié. Tout le secteur Ouest a été abandonné après un incendie et jamais réoccupé. Figure 3

La culture matérielle : les restes et vestiges découverts.

Céramique. Les récipients en terre cuite (31 vases) découverts sur le site présentent des « facies céramique », dont les décors et formes se rattachent bien à la culture de Fontbouisse ; ils révèlent l’utilisation d’au moins 2 types de matériau différent. Le mobilier de broyage trouvé est particulièrement abondant ; son étude révèle que la technique usitée était tout à fait adaptée au broyage des glands, retrouvés en abondance dans ces édifices.

Faune, fruits et graines. Très peu abondants, ce qui s’explique par le caractère très calcaire du site, qui empêche la bonne conservation des matériaux ;  pour les animaux à rattacher aux ovicapridés et aux cerfs ; pour les végétaux, rares céréales et légumineuses, lotier, Génévrier et arbousier.

Quelques interprétations : reconstitution de l’histoire du site.

  1. Architecture. La cabane et le locus 1 constituent 2 édifices, qui ont été recouverts d’un toit de lauze, que complétait une couverture végétale. Pour les structures rondes, qui correspondent aux édifices les plus originaux du site, l’existence d’une couverture en encorbellement semble également  admise. Le tout étant constitué de grès provenant de la dépression voisine (colline de la Mathe). (fig. 4)
  2. Restes végétaux-signification ? Le stockage des fruits et la préparation de farine ont joué un rôle non négligeable parmi les activités des occupants du site ; la présence d’arbouses évoquerait une végétation plus adaptée à des sols un peu acides.
  3. Analyse des sols de l’habitat. Elle met en évidence des zones de stockage, de meunerie, de fabrication de poterie et de circulation. La cabane 1 semble correspondre à l’unité d’habitation principale, le locus 1 et la structure 5 à des annexes.
  4. Conservation et distribution du matériel céramique. L’étude fine réalisée montre une division de l’espace domestique, associée à une division de l’espace social, lié à un  « mode de production »  spécialisé sur le site.  


Conclusion. Les particularités du site de Boussarges  sont : l’architecture des édifices, l’organisation des espaces domestiques, le type d’habitat  dans son territoire naturel et économique. Elles apportent une contribution fondamentale à la connaissance des sociétés néolithiques du Sud de la France.